jeudi 14 janvier 2021

Un petit baromètre



Pour se faire la main sur la technique des placages simples, rien de mieux que d'utiliser de petits objets promis au rebut. Un baromètre glané sur un site internet bien connu de débarras me décide à explorer cette voie. Voici le baromètre dans son état initial à la réception du colis, la taille réelle est d'une douzaine de centimètres de côté:






L'esthétique de l'objet est une catastrophe à mon goût, mais l'idée ici est de transformer complètement son apparence. Il y a d'autant moins de scrupule à "dénaturer" l'objet que le baromètre ne fonctionne plus du tout, et il y a donc fort à parier que cette tentative de vente était la dernière étape avant la poubelle (le prix demandé n'atteignait pas les frais de port).


Diagnostic technique


Comme on le voit, l'indication "Variable" au lieu d'être en haut se trouve à droite et de travers. En fait tout le baromètre (cadran et mécanisme) ballote dans son logement. A l'ouverture de la plaque arrière, il apparaît que les vis de fixation de la console en laiton sur la cloche en aluminium sont manquantes (voir photo ci-dessous). La potence servant d'amplificateur au mouvement (appelée aussi "levier") est sortie de son logement. Le scénario est clair : suite à une chute, la potence est sortie de son logement, il y a eu tentative infructueuse de réparation et d'ouverture, suivie d'une mise au rebut avec perte des vis de fixation. L'ouverture du mécanisme interne nécessite de désolidariser la cloche assez solidement assujettie à la partie avant, en verre et laiton. La potence est la tige rotative que l'on voit sur la droite du châssis, fixée aux deux extrémités par deux vis bleues pointues:




Les trois vis de fixation étant perdues et non standard, il faut re-tarauder les trois perçages pour recevoir de nouvelles vis (ici du 2.5 mm):





Ensuite, il faut complètement réviser les réglages du mécanisme (2 vis pour la raideur et une vis pour l'étalonnage). Pour cela, le mieux est de monter le baromètre sur une console avec un grand percement à l'arrière, de telle sorte que les trois vis soient accessibles:




En bas du percement, sur l'image ci-dessous, les deux vis acier pour la raideur, en haut à gauche, la vis laiton pour l'étalonnage. La potence maintenue en place par les deux vis bleues est tout en haut. 
Lorsque le baromètre est remonté dans la cloche, les deux vis de raideur doivent ne plus être accessible afin d'éviter une manipulation intempestive, seule la vis d'étalonnage doit rester accessible, en cas de changement de lieu:





Connaissant la pression-mer du lieu heure par heure (sur internet), on peut régler la raideur du ressort, puis ensuite l'étalonnage à la valeur observée. Le processus prend plusieurs jours, car sur une journée, la pression ne varie pas beaucoup. Le fabricant possède une chambre à pression réglable, mais pour un particulier, il n'y a pas d'autre solution que d'attendre le passage de plusieurs dépressions puis anticyclones pour régler la raideur avec un échantillon de données possédant une amplitude suffisamment large. Malgré la chute ancienne de l'objet, tout semble fonctionner une fois les pièces remises en place.


Transformation du boîtier

Difficile de dater le boîtier, il me semble plutôt style "années 50", mais sans certitude. Il est un peu balourd dans ses proportions, et mon intention est de l'amaigrir un peu, pour s'approcher de l'esprit "skyscraper" en vogue dans la periode Art Déco, comme par exemple cette pendule:





Mes capacités pour ce qui est du placage étant celles d'un débutant, je limite cependant le nombre de ressauts, puisque chaque ressaut ou chaque angle coupé supplémentaire nécessite la découpe de petites pièces de placage potentiellement délicates à réaliser et à assembler. Afin de rendre la façade plus élancée, deux feuillures sont pratiquées sur les côtés. Pour cela il faut assembler un banc d'usinage pour la défonceuse.




C'est la règle générale avec cet outil : trente minutes d'installation pour un geste technique de trois secondes. Ensuite, afin d'élancer un peu la ligne, un socle constitué de deux gradins parallélépipédiques très simples est rapporté à la base de l'objet:



La forme est plus simplifiée que dans le style "skyscraper" où les décrochements et pans coupés abondent, mais pour cette première réalisation, je préfère commencer avec des surfaces simples à mettre en oeuvre pour les placages. Disons que c'est un design intermédiaire entre style "skyscraper" et moderniste.

Les placages que je me suis procuré sont en ébène d'Amara et en palissandre de Santos. L'ébène me semble trop veiné et contrasté pour un si petit objet; l'option retenue est donc le palissandre. Celui de Santos est plus clair que le palissandre de Rio, qui était le plus souvent utilisé dans l'Art Déco, mais désormais très contingenté en commercialisation et difficile à trouver.


Palissandre de Santos

La découpe au cutter ou au scalpel de lamelles de faible largeur (5 à 10 mm ici) est assez délicate, car le risque est grand qu'une zone de faiblesse cède lors de la traction de la lame qui exerce un effort en arrachement sur la plaque. De plus, ce sont souvent des essences très dures, et le scalpel a du mal à attaquer le bois, il faut donc appuyer très fort. Après un ou deux essais réussis mais stressants, je préfère adopter la technique de la scie à placage, avec une cornière serrée sur une planche, afin de bien maintenir la feuille de placage. Cette méthode, peut-être un peu plus longue que la découpe avec un outil tranchant, est vraiment très efficace et sécurisante pour les petites pièces qui sinon pourraient avoir tendance à se casser selon les fentes et faiblesses du bois. La partie à conserver étant coincée sous la cornière et fortement pressée, elle ne peut pas être détériorée lors de la découpe.


Début du placage avec le socle:


Afin de briser la monotonie d'un placage uniforme, les deux feuillures latérales sont plaquées avec de l'ébène d'Amara en croisant le sens du fil. L'ébène d'Amara est présenté comme une alternative à l'ébène de Macassar, qui est devenu à peu près introuvable de nos jours. 



Pour le placage de la façade, n'ayant pas de motif qui me satisfasse sur ce qui reste de ma feuille, j'utilise plusieurs morceaux en jouant sur l'orientation des veinages pour créer une symétrie:



Le placage est entièrement terminé, la façade en palissandre est en fait composée de quatre morceaux juxtaposés:





Après vernissage et éclaircissage




Le baromètre terminé après remontage 




Légère insatisfaction au niveau de la liaison du placage entre le corps principal et le socle, où une petite fente reste visible. Je voulais que chaque pièce vernie reste démontable pour faciliter le vernissage, mais cela se paye dans l'apparence finale au niveau des liaisons. 
Avec ce choix technique, il est pratiquement impossible d'obtenir une liaison impeccable.
Je comprends donc pourquoi cela n'était pas fait ainsi et je ne m'y prendrais plus comme ça à l'avenir, quitte à devoir utiliser du vernis copal pour arriver à vernir au fond des angles rentrants.

mardi 12 janvier 2021

Un lampadaire Petitot à ailettes

Lampadaire Petitot à ailettes art deco


Chez un antiquaire "moderne XX ème" à Toulouse   que je ne citerai pas   un lampadaire attend la bonne âme qui voudra bien de lui. Peut-être l'attend-il depuis longtemps car il exerce à la fois attraction et répulsion : la torchère et le fût sont magnifiques, le pied est hideux. Surpris par ce paradoxe, j'essaie d'en savoir un peu plus auprès de l'antiquaire : 

"- C'est un lampadaire Art Deco, il est en parfait état, pas un seul éclat sur les ailettes en verre...

- Mais, le pied, il n'a pas l'air d'être d'origine ?

- si si, c'est le pied d'origine. etc..."

Un peu plus tard devant mes doutes réitérés (et le client étant roi), il concède un dernier repli au cas où: "... en tout cas c'est comme ça que je l'ai eu...". Décevante attitude, car dans ces conditions il n'y a plus de réelle différence avec un brocanteur, chez qui vous achetez ce que vous voyez. On attend tout de même qu'un antiquaire soit fiable dans son discours; son métier consiste aussi à faire les recherches nécessaires à la confiance de l'acheteur.  Heureusement, il y en a beaucoup qui respectent l'éthique et travaillent avec conscience professionnelle.

Mais passons, là n'est pas le problème aujourd'hui : s'il est au "prix du métal", je l'emporte. Le prix affiché est plus que raisonnable, mais ma proposition bien inférieure semble satisfaire l'antiquaire, et c'est ce qui me faisait dire tout au début de cet article que l'objet attendait depuis peut-être longtemps son preneur. 

Je n'ai pas pris de photo juste à l'achat, et pour illustrer le propos il me faut faire une reconstitution de l'aspect de la jonction pied/fût en utilisant un tube du même diamètre 40 mm (ici un vulgaire PVC au lieu du fût en métal chromé).


Il faut donc imaginer ici un tube chromé rutilant pour le fût. Au-dessous, ce pied en fonte d'alu très grossier, sommairement poli, ou plutôt poncé, et d'une forme plutôt "industrielle années 50" que Arts Déco  La sortie du câble pleinement apparente, en partie supérieure du pied n'est pas compatible avec le standing du luminaire. Le pire esthétiquement est le ressaut à la jonction pied/fût, du fait que le diamètre du fût est plus grand que celui du sommet du pied. Bref ce n'est tout simplement pas crédible esthétiquement. Passons aussi sur "l'usinage" du percement en haut du pied, ce n'est même pas centré, et la portée n'est pas plane :



Le pire c'est la portée inférieure : brute de fonderie, sa base est plus ou moins conique, et comme le pied bricolé est plus épais que l'original, l'écrou qui est censé solidariser le pied contre le fût ne tient en fait que par un ou deux filets. D'un point de vue mécanique, cela ne peut pas tenir, d'ailleurs le temps de revenir à la maison, cet écrou est déjà desserré, et le pied bringuebale dangereusement. On remarque aussi en bas à droite des traces de meulage modernes, laissant penser qu'une inscription sans doute peu compatible avec le discours de l'antiquaire a été effacée à la meuleuse.






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Une recherche internet m'indique rapidement qu'il s'agit d'une création de la maison Petitot, et une image du catalogue 1930 montre clairement que le pied original n'avait pas du tout cette forme (cinquième lampadaire en partant de la gauche ou second en partant de la droite) :

Lampadaire à ailettes art deco Petitot




L'original est en métal chromé à trois gradins cylindriques. Quelques mois plus tard, je trouve sur un site marchand un modèle identique mais dans l'état originel, qui confirme exactement ce que l'on voyait sur le catalogue :



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Incapable de réaliser un pied à l'identique, je prends donc le parti de  faire quelque chose de différent mais crédible au regard de ce qui se faisait à cette époque. J'opte rapidement pour trois gradins cylindriques, les deux du bas en bois sombre vernis satiné, et celui du haut en métal chromé. Les exemples conformes à ce vocabulaire sont nombreux ci-dessous (avec deux ou trois gradins, et certains sont non en bois mais en métal peint) :






Certains puristes diront qu'il s'agit donc d'un "infâme bricolage", mais l'idée que je poursuis ici est que l'objet est de toute façon délabré, et qu'il vaut mieux un joli pied inauthentique que pas de pied du tout. De plus la démarche n'a absolument rien d'irréversible : si un pied authentique apparaît un jour par miracle, il suffira de le remplacer. Ainsi "restauré", l'objet n'est plus réellement commercialisable, et sa valeur marchande tombe   ou reste   à zéro, mais pour moi, il acquiert une valeur sentimentale, en étant sauvé du néant et en répondant à mes attentes. Bref, vaste débat.


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Pour diverses raisons, je ne souhaite pas adopter une technique de placage. L'une d'elles est que je préfère utiliser ici un bois très dur, résistant à l'eau et aux chocs (femme de ménage un peu "virile" dans son geste). Le choix se porte donc sur un bois dur imputrescible, et le recours à un décor artificiel par teintes à bois, imitant les essences sombres et précieuses qui étaient en vogue à l'époque. De plus le défi de parvenir à un résultat crédible par cette approche me plait. Le défi reste ici raisonnable car les surfaces à décorer sont de faible importance. J'ajoute que cette technique par décor était largement utilisée à l'époque, comme alternative au placage, surtout dans le domaine du luminaire ou de petits éléments (poignées de plateau, ...). Certains décors imitent l'essence presque à s'y tromper. Il y a donc un aspect ludique à faire cette tentative, nouvelle pour moi.

Sur ce plateau, les deux prises sont en bois clair à décor d'imitation Macassar.



Direction mon magasin de "bois et matériaux de construction" préféré, pour acheter une lame brute de bois pour terrasse. Entre le cumaru et l'ipé, j'opte pour l'ipé.  J'ai oublié pour quelle raison (peut-être qu'il se prête un peu mieux au collage). La première chose est de poncer les faces et de dresser des chants exactement perpendiculaires au faces. Je ne suis pas outillé pour cela (je n'ai qu'un rabot à main électrique et une fâcheuse tendance à vriller les chants en l'utilisant à main levée). Il me faut fabriquer un dispositif d'usinage pour assurer que la trajectoire du rabot est correcte dans tous les axes, et que les chants sont bien orthogonaux aux faces :


 Quand ce dispositif est retourné, les chants dépassent juste de la hauteur que je souhaite éliminer, et les flancs du rabot reposent sur deux sortes de rails qui le guident et imposent une progression exactement conforme aux attentes. Ensuite, il faut recommencer l'opération pour les chants opposés des trois planchettes. Le résultat est pleinement satisfaisant, et l'étape suivante est de coller les planchettes pour obtenir une grande surface carrée (et plane puisque les chants sont bien perpendiculaires aux faces) : 



Sur l'image ci-dessus, le lampadaire Arts Déco à tablette que l'on aperçoit au fond dans le coin est en fait entièrement réalisé en bois clair mais utilise magistralement cette technique de décor pour créer l'illusion du palissandre. C'est d'ailleurs lui qui m'a donné l'idée de relever ce défi avec la technique du décor. Ci-dessous, les deux planches carrées sont prêtes, une grande pour la base, une petite pour le milieu :



Comme on le voit ici, une première base de décor pour le veinage a été appliquée (le bois brut, visible sur les chants est beaucoup plus uni) . J'ai utilisé des teintes à l'alcool, et très rapidement j'ai éliminé en certains endroits la teinte déposée, soit en écrasant fortement le pinceau (brosse), soit en passant une petite botte de raphia utilisée un peu comme un peigne ou une éponge, afin de créer des striures. De toute façon, tout cela est provisoire, la teinte finale sera beaucoup plus foncée, par approches successives. C'est un peu comme une patine, cette étape du décor est la plus claire, juste pour créer des lignes de veinage.

A propos de la technique du décor, pour les grands panneaux en imitation de bois européens (portes, lambris,...), c'est une technique de glacis qui est utilisée, à base de peinture à l'huile diluée à la térébenthine et siccatif. Ici, je préfère utiliser simplement des teintes à l'alcool avec retrait de teinte par endroits, afin de ne pas créer de sur-épaisseur importante, et afin que le résultat soit facile à estomper ou à éliminer en cas d'insatisfaction (par simple ponçage sans avoir à attendre un mois, car le glacis à base d'huile est très long à sécher dans la masse). Les teintes à l'alcool, éventuellement diluées, possèdent à peu près la même transparence qu'un glacis. Les teintes à l'eau sont plus opaques, elles ont souvent tendance à s'étaler davantage (à s'aquarelliser), et il est donc plus difficile de créer des zones avec des contrastes importants imitant les veinures : quand on passe le peigne en raphia, la teinte bave et s'étale immédiatement dans les manques, et le contraste est beaucoup moins bon.


Pour découper les deux plaques en forme de cercle, j'utilise une défonceuse solidement fixée sur un banc d'usinage, et la planche est vissée sur le banc au niveau de son axe central, tout restant libre en rotation. Pour les dernières passes lorsque la planche est bien circulaire, la fraise est au contact du bois dès le départ, il est impératif de maintenir la pièce très fermement au démarrage, et donc il faut utiliser un interrupteur au pied pour démarrer la fraise. Il faut faire plusieurs séries de passes, en réduisant le diamètre très très progressivement, et pour chaque diamètre en abaissant l'outil très très progressivement, de telle sorte que le volume à "manger" lors d'une passe soit toujours très très faible. Malgré ces précautions, la planche a "engagé" à l'une des passes, et je n'avais pas mis de gants : coupure au doigt par l'arête de la planche, vive comme une lame, coupure heureusement sans gravité, mais d'où l'intérêt aussi de l'interrupteur au pied. Evidemment, il faut comme toujours avec la fraiseuse, que le mouvement de la pièce soit en opposition avec le mouvement de rotation de la fraise, sinon la pièce risque de s'emballer car il est beaucoup plus difficile de contrôler l'avance de l'outil.  Cette technique est donc un peu dangereuse, je ne la conseille pas à quelqu'un qui n'est pas très expérimenté et sûr de soi et de la force de sa poigne au démarrage de l'outil. Pour ma part, cela faisait un peu trop d'adrénaline, la prochaine fois j'essaierai de trouver une autre façon de procéder, le problème étant par ailleurs que la fraise ne doit jamais être immobile par rapport au bois, sinon cela se transforme immédiatement en pyrogravure. Il convient donc de faire preuve d'astuce. Le mieux serait de faire en sorte que la pièce soit mise en rotation lente continue par un  dispositif ad hoc, et que la fraiseuse puisse s'approcher très progressivement par un dispositif à filetage (ici au contraire elle était fixe et j'approchais pas à pas la pièce à usiner à chaque passe). Un tel dispositif serait plus compliqué à installer, mais plus rassurant.




La technique permet donc, au prix d'un certain risque, d'obtenir une forme circulaire au diamètre voulu :



Ensuite il faut abattre l'arête supérieure avec une fraise conique :



La partie chromée provient simplement du pied d'une applique moderne dont la forme, l'aspect de surface et le diamètre me convenaient, mais qu'il faudra réduire un peu en hauteur car il y a une petite entaille sur la circonférence (un peu à gauche). Je procède à un "semi-bouche-porage" du bois et à la montée en teinte progressive. Pour le bouche-porage des bois sombre, avec des bouche-pores modernes appliqués au pinceau, je préfère ajouter au produit un peu de Noir Napoléon III, sinon les pores rebouchées ont tendance à être trop blanchâtres.



La teinte visée est très sombre, mais pas tout à fait unie, pour rester dans le vocabulaire bois et métal. Une fois satisfait de la teinte, le vernissage a été effectué au tampon à la gomme laque. Après vernissage, le résultat est brillant. Pour donner un aspect satiné, j'ai ensuite passé légèrement de la laine d'acier 000. Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, mais je ne voulais pas utiliser de vernis satiné du commerce au pinceau. Préfiguration du résultat final :


Il faut prendre soin de la résistance mécanique de l'assemblage pied / fût pour que cela soit solide. Les efforts en torsion sur le pied peuvent être importants, notamment si le sol est incliné ou lors de manipulations un peu musclées. La rigidité de l'assemblage est obtenue en serrant fortement le fût sur le pied au moyen de la tige filetée qui dépasse en bas du fût. Le pied est donc soumis à une forte pression de serrage qu'il doit encaisser sans déformations. La partie chromée étant creuse, en tôle d'acier mince d'environ 0.8 mm d'épaisseur,  il est à craindre qu'elle ne soit pas à elle seule suffisamment solide pour résister au fort serrage qui sera appliqué : elle risque de s'écraser. Il est donc nécessaire de remplir le vide par une rondelle de bois possédant exactement la bonne épaisseur (à peine visible en haut du perçage central). La tige filetée creuse qui sort en bas du fût est trop courte, il faut la remplacer. C'est une tige au pas "des becs" 10.85 x 1.33 mm (SP14) qui n'existe plus dans le commerce de bricolage, mais que l'on trouve encore assez facilement sur internet (pour combien de temps ?).  Attention, cette tige filetée creuse encaisse de gros efforts mécaniques, et il faut la prendre solide en s'assurant qu'on la commande bien en acier, pas en aluminium, car les deux matériaux sont disponibles sur internet.

Il ne reste plus qu'à procéder au passage du câble dans le fût et à la création d'une nouvelle électrification. L'ancienne électrification qui date semble-t-il des années 1970 et ne présente pas d'intérêt particulier, est remplacée par une moderne avec une douille E27 en laiton. 


Lampadaire à ailettes art deco Petitot


Avec l'éclairage :

Lampadaire à ailettes art deco Petitot

La torchère. Elle consiste en une vasque chromée évasée posée sur trois gradins chromés également, et cette vasque est traversée par quatre ailettes saumon partiellement sablées vers l'intérieur, la limite du sablage sur chaque ailette décrivant un arc de cercle :

Lampadaire à ailettes art deco Petitot



Le piètement :



Du fait des ailettes et du sablage, l'éclairage produit un effet particulier et chaleureux :

Lampadaire à ailettes art deco Petitot


lundi 11 janvier 2021

Un nécessaire de fumeur

fumeur art deco MAAAD


Achat

Séduit par un objet dans une boutique toulousaine proposant une "sélection d'objets": un nécessaire de fumeur compoosé d'un plateau avec trois boîtes assorties. Difficile à dater car la ligne est très sobre et intemporelle, entre 1930 et 1950, et plus probablement vers 1930.  Les partie sombres sont en placage de palissandre ou de Macassar, les partie claires doivent être en placage d'érable ou d'une essence similaire. 

C'est un objet ayant vécu, avec les usures du temps visibles.   L'achat se faisant sur place, il est possible de se rendre compte plus précisément. Sur toutes les surfaces, le vernis a mal vieilli. Il est craquelé, tuilé, grisé, partiellement opacifié, et présente de nombreux manques aux endroits où les doigts ont porté de façon répétée pour l'usage. La structure des boîtes elles-mêmes est bonne, mais c'est le plateau qui a le plus souffert : le placage du dessus présente une grosse cloque d'environ 6 cm de diamètre; et sur le dessous, le contreplaqué a dû connaître l'eau si bien que les couches se sont décollées et gonflées en de nombreux endroits sur de grandes étendues. Le voici au déballage dans l'état initial :

fumeur art deco MAAAD


Le vernis étant craquelé, les fentes retiennent la poussière, se salissent et deviennent blanchâtres à la longue; c'est bien visible sur les poignées du plateau. Pour le Macassar la teinte générale est très altérée : il y a des parties grisées (vernis), des parties blanchâtres (fentes), et les parties presque noires restent très sombres, si bien que finalement, il y a un contraste artificiellement grand, ce qui est visible sur l'image. Pour les caisses des boîtes, le fait que toutes les arêtes soient dévernies rend l'aspect peu attrayant, au moins vu de près.

Tout ceci mis bout à bout, et curieux du challenge que cela représente, je décide d'opter pour une restauration de l'objet : réparation des cloques et décollements, puis reprise complète des vernis; les chromes sont en parfait état, il n'y a rien a refaire.

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Le dessous du plateau présente de multiples décollements des couches du contreplaqué. Chaque fente sombre correspond à un décollement qu'il faudra réparer.


Le profil inférieur du plateau est assez gondolé (posé, il est bancale). 


Reprise des cloques à la colle vinylique injectée en sous-cutanée. Une fois que les plus grosses cloques sont recollées, il faut regarder qu'il n'en reste pas de plus petites, en baladant le dos de l'ongle sur le bois et en écoutanrt s'il n'y a pas des endroits où le bois sonne plus creux. Il faut repérer ces endroits et recoller ces petites cloques résiduelles, moins visibles.


A chaque recollage, il faut presser très fort, mais surtout pas directement avec du bois, qui resterait collé à cause de la colle qui ressort des cavités encollées à la seringue. D'où la grille métallique à gauche, qui doit être intercalée entre le plateau et les cales de pressage. Il est important d'encoller les cloques le plus possible sur toute leur surface. Les 40 mm de l'aiguille suffisent à peine ici. 


Il ne faut pas avoir peur de décoller un peu plus avec le tournevis, car si cela vient c'est que cela ne tenait plus bien. Le recollage de la cloque sur le placage de la face supérieure du plateau se fait de la même façon. La cloque n'étant pas fendue mais seulement gonflée, il faut percer le bois du placage. Il faut donc prendre l'aiguille la plus fine possible (0.8 mm de diamètre), afin que les trous d'injection ne se voient pas. Avec la colle vinylique (qui rappelons-le n'est pas réversible et ne doit donc pas être utilisée pour des objets de valeur), il est important également de ne pas laisser sécher trop longtemps avant de retirer les presses, sinon les excédents de colle seront très difficiles à éliminer à l'éponge.

L'aspect tuilé du vernis apparaît clairement en lumière réfléchie :


Le grisage, l'opacification et les manques, en lumière du jour rasante :


Pour le dévernissage, l'alcool se révèle sans effet, tandis que le diluant cellulosique attaque peu à peu en laissant un dépôt blanc : c'est donc du cellulosique. Mais le retrait du vernis est difficile, il ne part que par petites quantités et le vernis dissous a tendance à entrer dans les pores en les remplissant de dépôt blanc. Il faut alterner ponçages et passage du diluant un grand nombre de fois en frottant fort dans le sens des pores et en changeant constamment le morceau d'essuie-tout. C'est assez laborieux et inquiétant car on se demande si on parviendra à tout enlever. Evidemment pour les ponçages de cette étape, il faut poncer très légèrement à la cale et avec du papier suffisamment fin (320 par exemple) pour ne pas manger tout le bois. Seule consolation par rapport à d'autres traitements de surface, le papier de verre ne s'encrasse pas beaucoup. Tant que les pores ne sont pas exemptes de traces blanches, il faut persévérer, sinon ces traces vont venir tout gâcher visuellement lors du re-vernissage. Au bout d'une suite d'alternances ponçage/nettoyage qui paraît interminable, la poudre de ponçage ne contient plus du tout de jaune et prend une belle couleur uniforme  de cacao foncé. Ouf ! Une boîte (à peu près) dévernie et une autre dans l'état initial :


Ne connaissant pas l'effet final du vernis gomme laque sur le bois clair,  et craignant que le résultat ne soit trop clair, je décide de re-vernir les boîtes au cellulosique, à l'identique. Faire du vernis cellulosique au pinceau fut une expérience douloureuse qui n'est à conseiller à personne. J'ai été obligé de travailler très vite (ce vernis ne tolère pratiquement pas un deuxième coup de pinceau, qui rend la surface toute rêche, malgré des pinceaux d'excellente qualité, au poil très fin et très dur), de re-poncer à mainte reprise, et de finir par un produit spécial pour éclaircissage de vernis cellulosiques, qui était soit trop efficace (vernis frais, il retire et "brûle" tout) soit pas assez (vernis sec, il n'a pas d'action clairement visible). Je ne recommencerai pas l'expérience. 

Pour les parties en Macassar, pas de problème, après un léger ponçage avec une montée en grain jusqu'à 1200, le tampon du vernis gomme laque glisse sur le bois dur comme sur un nuage immatériel. C'est un délice. Les pièces étant petites, il est préférable d'utiliser un  tampon de petite dimension (environ de la taille d'une noix ou d'une balle de ping-pong). Le résultat final est d'une teinte beaucoup plus homogène, et d'une texture plus lisse, plus soyeuse :



fumeur art deco MAAAD

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